Nouvelles constructions

Un amour de béton

Construite sur un ancien verger, cette maison a été taillée sur mesure. L’ensemble offre un sentiment de sérénité qui n’est contredit ni par la majesté des volumes, ni par la taille conséquente des pièces.

Assurément, elle est grande et lumineuse ; à l’évidence, elle est élégante ; bien entendu, elle se situe dans un lieu calme et splendide… La liste peut s’étirer longuement tant la maison recèle de caractéristiques impressionnantes. Mais l’exercice d’une énumération des attributs de standing n’a pas vraiment d’intérêt pour comprendre le bâtiment. À la fois plus riche et moins anecdotique, son identité profonde reste d’abord liée à l’histoire d’une famille, d’un site et d’une époque – la nôtre. 

Des codes hérités des 18e et 19e siècle
Le programme doit considérer les besoins individuels et réfléchir aux évolutions de chacun. Il doit également satisfaire à l’organisation quotidienne du groupe, tant dans son fonctionnement privé que dans sa dynamique sociale élargie (réceptions, dîners entre amis, hébergements ponctuels). À maints égards, les besoins se réfèrent aux grandes habitations privées codifiées entre le 18e et le 19e siècle. Comme dans les hôtels particuliers de l’époque, on retrouve une entrée principale et une entrée de service, des escaliers généreux, des enfilades, des doubles hauteurs, des pièces faites pour recevoir, d’autres pour travailler ou se détendre. Les zones de jour sont clairement dissociées des zones de nuit ; les espaces dédiés à la sociabilité ne communiquent pas avec ceux réservés à la sphère privée.

Ce programme typologique classique adopte un vocabulaire contemporain, libéré des règles habituellement appliquées pour ce type d’habitation. La clarté formelle, la simplicité volumétrique et la très grande retenue dans les choix de teintes ou de matériaux dissimulent pourtant une complexité constructive insoupçonnée. C’est le cas en particulier pour le travail du béton brut dont la finition moirée régulière sur l’ensemble de la maison n’a laissé place à aucune improvisation. La coordination entre architectes, ingénieurs et entreprises a en effet permis de se jouer des dimensions imposantes des murs ou des porte-à-faux, sans concession sur la qualité de mise en œuvre et sans pervertir la pureté des lignes. Dans le même sens, nombre d’options discrètes comblent les normes les plus pointues en matière de sécurité et de confort. La disposition spatiale générale n’en est pas perturbée ; la finesse des détails n’en est pas alourdie.

Epouser le paysage
Objet sculptural défini par des surfaces nettes et une matérialité presque austère, la maison reste heureusement accueillante et conviviale. Les espaces se connectent entre eux grâce aux circulations courtes et fluides, adaptées à l’usage quotidien des habitants ; l’ensemble offre un sentiment de sérénité qui n’est contredit ni par la majesté des volumes, ni par la taille conséquente des pièces. Cette atmosphère chaleureuse s’exprime particulièrement autour d’une cuisine pensée comme le cœur palpitant de la maison. Conçu à l’échelle de la famille, ce lieu de vie dynamique s’organise dans l’angle sud-ouest de la maison. L’orientation est idéale pour profiter de la terrasse abritée, de la belle ouverture sur le jardin et, plus loin, du dégagement sur le Léman. Bloc minéral posé sur une lame de verre, le devant de la maison permet aux pièces à vivre de s’abandonner à la quiétude du paysage. Rigide et sévère, cette géométrie s’assouplit sur l’arrière pour répondre à des besoins moins formalistes tout en s’ajustant à la morphologie naturelle d’un terrain en dévers. Le rapport entre le bâti et la nature est établi ; le site a adopté la maison.