Immeubles d’habitation

Point essentiel

Dans un quartier figé depuis plus de 100 ans, il manque une pièce, un vide oublié du développement urbanisitique du XIXe siècle. Projetté dans un environnement à haute valeur patrimoniale, le nouveau bâtiment vient comme une pièce manquante terminer le puzzle urbain.

En bordure du quartier des Eaux-Vives se situe un ensemble à haute valeur patrimoniale composé d'un temple, d'une salle de paroisse, de la mairie, d'immeubles de logements et d'une cour intérieure occupée par une petite maison ayant perdu sa vocation de crèche. Tous les bâtiments ont été construits par étapes entre 1850 et 1910 et le vide laissé aujourd'hui par la cour évoque les profondes mutations du quartier des Eaux-Vives à l'époque où Genève abandonne ses fortifications.

Les alentours de la ville sont alors des zones vertes peu baties à l'exception de quelques villas. Le temple des Eaux-Vives ainsi qu'un asile de la petite enfance sont construits dans ce contexte champêtre autour de 1850. Or le quartier va connaître une profonde mutation en 50 ans pour devenir un quartier urbain à l'image des autres développements de la ceinture dite Fazyste (développements urbains autour du moyau historique de Genève allant de 1850 à 1940). Dès 1910, l'ensemble bâti est constitué en un projet urbain homogène à l'exception de l'asile de la petite enfance qui se voit accoler un immeuble de six étages avec un mur en attente créant une rupture d'échelle difficile.

 

Situation urbaine actuelle

 

Un projet de couture urbaine

Le bâtiment proposé, un immeuble mixte, vient s'inscrire dans la continuité de ceux qui le précèdent le long de la route de Frontenex. Il est discret, épouse les codes constructifs de l'époque et tend à s'effacer pour mieux valoriser l'ensemble. Il termine l'îlot d'immeubles de logement et crée une cour intérieure typique des dispositifs du XIXème. Sa position, proche du temple des Eaux-Vives vient ainsi clarifier les fonctions urbaines entre la place du temple devant le bâtiment de la salle de paroisse dédié au fonctionnement public et une cour urbaine protégée du trafic de la route de Frontenex dévolue aux habitants du quartier.

Au rez-de-chaussée, on y trouve une crèche. Son rôle est fondamental, car elle permet de prolonger l'histoire d'un lieu dédié à la petite enfance et de répondre à un besoin fondamental pour le quartier des Eaux-Vives. Ce choix programmatique permet également de réinjecter de la fonctionnalité, donc de la vie, dans le quartier.

 

Projet

 

 

Une architecure discrète, mais rayonnante

Architecturalement parlant, la crèche représente le socle de la réflexion. Un socle stabilisant puisque celle-ci s'étend par ailleurs du sous-sol au premier étage, des vitrines donnant sur la rue à la cour intérieure. Des larges fenêtres viennent en séquencer la façade pour une lecture horizontale, manière de se conformer à la typologie environnante.
Dans les étages, les appartements sont au nombre de trois par niveau. Le premier est traversant et s'inscrit dans la tradition dix-neuvièmiste. Les deux autres sont rayonnants, profitant chacun de perspectives nouvelles et de points de vue inédits. Une large place a été accordée aux espaces de jour qui bénéficient d'un ensoleillement maximum du fait de leurs situations. À des balcons ou loggias trop ostentatoires et contradictoires avec le choix architectural, des porte-fenêtres à la française ont été installées pour mieux jouer entre intérieur et extérieur.

Une relecture contemporaine de l'existant

L'attique sommital s'inscrit légèrement en retrait de la façade et affiche une teinte plus sombre, en lien avec la toiture environnante. Elle est volontairement plus basse que l'immeuble qu'elle termine, de sorte à laisser vivre le clocheton qui la surplombe. En façade, les fenêtres reprennent les dimensions des immeubles voisins, de même que les étages respectent les proportions et les alignements horizontaux et verticaux de l'existant. D'ici à quelques années, la patine du temps en aura quasiment gommé les différences.

Affichant un calme minéral, une sobriété monastique, l'immeuble tend à disparaître de la composition architecturale. Il remet le temple au centre du village, laisse exister le clocheton qui le surplombe, vient remplir une dent creuse longtemps considérée comme l'expression d'une non-réalisation urbaine. En optant pour une forme de retenue architecturale, on en arrive à une meilleure définition de l'espace, tout en s'approchant au plus près du point névralgique.

 

 

Une dent creuse revitalisée

L'implantation de cet immeuble mixte au bord d'une route très fréquentée permet de relever quelques orientations supplémentaires. Avec un socle qui s'efface à l'approche du temple et le délimite par une succession de légères brisures, il permet de mieux en définir la circulation d'un côté invitant le passant à incliner son parcours plutôt qu'à purement suivre son trottoir, mais aussi de créer une vraie place de jeux à l'arrière. La vie prend corps à l'intérieur du bâtiment, et elle se déploie de manière contagieuse à travers la placette. Une double intervention qui permet ici de combler un vide urbanistique, là d'offrir un contrepoint vital au temple existant.