Comme avant, mieux qu'avant

Réalisation délicate, la transformation de cet immeuble a bénéficié d’une attention pointue. Partant, cette application constante a surtout conduit à définir un type d’interventions conciliant le respect de l’immeuble avec la satisfaction des besoins du 21e siècle.

Depuis le relevé minutieux jusqu’à la maîtrise des derniers détails, un regard critique et sans concession a permis de diagnostiquer l’état du bâti, de déceler la présence d’éléments incongrus et de déchiffrer une chronologie complexe par le repérage des modifications spatiales ou des ajustements successifs.

 

Conçu et édifié dans les années 1870 par l’architecte Henri Frédéric Vaucher, le bâtiment trouve sa place dans l’élégant quartier des Tranchées alors en pleine expansion. Enserré entre deux constructions, l’immeuble propose un langage classique. La composition de ses façades est dictée par une symétrie absolue et s’appuie sur un ordonnancement clair : socle, corps central et couronnement. Référencé aux bâtiments parisiens du Second Empire, le vocabulaire s’abstient néanmoins d’emphase pompeuse, sait rester sobre et digne avec une retenue toute calviniste.

L’organisation intérieure fonctionne sur un plan à trois travées. La plus profonde profite aux pièces de réception en enfilade, ainsi qu’à la chambre à coucher principale. De l’autre côté, jouxtant une belle cage d’escalier ovoïdale, se trouvent des espaces de service et quelques chambres plus modestes. Entre les deux travées, un généreux couloir de distribution traverse le bâtiment. Ce schéma tripartite cohérent conditionne le projet de transformation qui propose la modification des logements situés aux trois étages courants (les appartements du premier et du deuxième étant désormais réunis), l’agencement complet d’un grand logement dans les combles et la création de locaux (studios ou bureaux) dans un sous-sol à demi excavé.

 

La revalorisation des espaces repose sur l’effacement des interventions parasites réalisées au fil du temps. Un assainissement guidé par une lecture historique lucide et une fidélité à la hiérarchie spatiale d’origine. Des pièces souvent dénaturées retrouvent ainsi leur identité grâce à des modifications mesurées, mais aussi à la restauration ou au réemploi des éléments patrimoniaux (cheminées, boiseries à panneaux, corniches moulurées, carreaux de sol colorés et parquets). Indispensable, l’amélioration du confort et des installations techniques n’a pas corrompu la qualité intrinsèque des pièces. L’isolation thermique s’est concentrée dans les parties exemptes de décor (dalle sur sous-sol, toiture) et, déjà présent du côté nord, le principe de la double-fenêtre s’est vu étendu à l’ensemble de l’immeuble permettant ainsi de conserver les belles menuiseries anciennes. La propagation des bruits est limitée par une chape sèche mise en œuvre sous des parquets entièrement déposés et reposés ; les radiateurs ont pris place discrètement sous les fenêtres ; les appareils sanitaires et de cuisine –dont aucun n’était d’origine– ont tous été changés.

D’une façon générale, lorsqu’il s’agit de parties anciennes, les options retenues répondent aux impératifs d’intégration. De nombreux éléments disparus ou vétustes ont par exemple été reconstitués avec des méthodes et des matériaux traditionnels (verre étiré à l’ancienne, décor en staff, ravalements ponctuels extérieurs). Cette option d’authenticité participe à la cohérence de l’ensemble. Elle n’est toutefois pas appliquée dans les espaces neufs qui, à l’instar de l’appartement créé dans les combles, sont aménagés dans un esprit contemporain.

Mieux qu’une prétendue nouvelle jeunesse, le bâtiment a retrouvé une sérénité tranquille. Celle de l’âge assumé et du statut reconquis, l’un et l’autre offert par un projet aux ambitions claires, concrétisé par une mise en œuvre pertinente.