La lumière, le sol

Leçons du Thoronet

© Centre des monuments nationaux

Images © Benjamin Vial

L’abbaye du Thoronet (France) est un exemple remarquable et un repère architectural incontournable de l’architecture cistercienne.
Parmi les abbayes cisterciennes qui existent à travers toute l’Europe, on peut en voir de gothiques et baroques mais l’image courante de l’art cistercien privilégie l’architecture et l’esthétique des abbayes de l’époque romane. Au début du XIIe siècle, l’ordre cistercien, issu du renouveau monastique voulu par Robert de Molesmes, (abbé de Cîteaux), contribue à répandre un type de construction qui lui est propre et dont le modèle est celui qu’a préconisé un de ses membres les plus éminents : saint Bernard, l’abbé cistercien de Clairvaux. Ce dernier formule une doctrine du rapport de l’art avec le salut qui se traduira dans l’architecture des monastères par plus de simplicité. Il dénonce les abus qui à ses yeux mettent en péril l’Eglise et attaque tout ce qui paraît relever de l’orgueil humain. Saint Bernard entretien une polémique avec les Clunisiens, nés aussi d’une rénovation de la règle de saint Benoît aux Xe-XIe siècles. Il leur reproche de se détourner de la vie intérieure et critique leur enrichissement et leur art peu austère. L’église de Fontenay fondée en 1118 (Bourgogne) représente fidèlement les conceptions architecturales des débuts de l’ordre cistercien. Toutefois, c’est en Provence (Le Thoronet, Sénanque et Silvacane) que les églises de la première architecture cistercienne sont les plus austères, les plus humbles et caractéristiques de la simplicité bernardine. Cette architecture dépouillée ne survivra pas longtemps à la mort de saint Bernard (1153). Dès la seconde moitié du XIIe siècle, les abbayes cisterciennes connaissent l’évolution de l’architecture romane vers le gothique mais s’éloignent de l’idéal cistercien. L’architecture cistercienne trouvera un prolongement, longtemps après, dans l’architecture minimaliste du XXe siècle.

De nombreux architectes seront inspirés dans leurs propres créations par le répertoire architectural développé par les Cisterciens au Thoronet. Leur démarche sera à la fois éthique et esthétique et leur objectif sera d’allier simplicité et perfection.

 

La symbolique des formes et des nombres à l’époque romane

Les bâtisseurs ont intégré dans le tracé des fondements de l’abbaye les figures géométriques symbolisant le cheminement du profane au sacré : cercle, triangle, carré, rectangle.... Ces figures mises en relation avec des nombres induisent un message symbolique, des sentiments, une atmosphère:
- 1 et le cercle : Dieu, le ciel, l’éternité
- 3 et le triangle : la Trinité (les trois baies de l’abside de l’église)
- 4 et le carré : le monde matériel (la création), les 4 éléments, le nombre de saisons, les points cardinaux…
La nef de l’église représente au sol le carré de la terre des hommes qui entre en communion avec le demi-cercle du monde de Dieu (la voûte). L’église est l’image de la Jérusalem céleste : « des cieux nouveaux et de la terre nouvelle » dont les moines ne cessent de désirer l’établissement définitif sur la Terre des hommes.

 L’oculus du choeur laisse entrer la lumière du matin, celle de l’espérance

L’architecture romane s’est développée en Europe du Xe au XIIIe siècle, elle a surtout marqué le domaine religieux.
Les Cisterciens rejettent la richesse et le luxe, ils prônent une architecture dépouillée de tout superflu.

Le nombre d’or

L’église du Thoronet est bâtie sur un plan en forme de croix latine, son tracé correspond au principe du nombre d’or. Ce dernier était l’une des manières des bâtisseurs d’exprimer leur foi à l’époque romane. Il servait à donner des proportions harmonieuses à leurs constructions. Les proportions de l’église sont à l’origine de son acoustique exceptionnelle, celle-ci étant particulièrement propice à l’exécution du chant grégorien. Le nombre d’or est un rapport entre deux dimensions de grandeurs différentes. Il a une valeur égale à 1,618. On trouve ce rapport dans la nature, dans des oeuvres réalisées par les hommes : monuments, sculptures… Dans une église, on trouve sa présence dans son plan par exemple. Il est égal au rapport longueur/largeur. Le rectangle d’or comme module pour la construction de l’abbatiale du Thoronet L’oculus du choeur laisse entrer la lumière du matin, celle de l’espérance.

Le nombre d’or rejoint la symbolique en ceci qu’il est lié aux proportions qui régissent le corps humain. Les mesures prises sur le corps jusqu’à l’invention du système métrique étaient proportionnées selon le nombre d’or : coudée, pied, empan, palme, paume sont en rapport les unes avec les autres selon le nombre 1,618. Cette proportion est donc naturelle, humaine. Elle sera finalement qualifiée de divine par le moine Luca Pacioli au XVIe siècle. Pour lui, si elle est liée à l’homme, cette proportion vient du créateur et ne peut être que divine.
Dans ces conditions, on est en présence d’une réalité symbolique puisqu’elle relie le visible à l’invisible, le naturel au divin à partir de la sensibilité corporelle.

LIVRES

Fernand Pouillon " Les pierres sauvages "

John Pawson " Leçons du Thoronet "