Le parking qui valait un trillion de dollars

Benjamin Vial

pour Bilan, la référence en économie.

Si aujourd’hui, à Genève, un parking souterrain est un atout dans un immeuble locatif, pourra-t-on en dire de même dans les vingt ans à venir ?

Dans un récent projet, au vu des coûts d’exploitation et de l’obligation de rentabilité sur les cinquante prochaines années, nous nous interrogions sur la nécessité de la construction d’un parking souterrain.

En effet, aujourd'hui, le développement des transports urbains, l'essor de la mobilité douce ou l’avènement du vélo électrique pourrait inciter les locataires à ne plus avoir besoin de place en sous-sol. Un phénomène encore renforcé par la génération des millennials qui ne voit plus dans la possession un symbole de statut social, mais celui d'un service qu’il est plus facile de louer à la demande que de posséder.

 L'électrochoc de la voiture autonome

À ce contexte, il faut ajouter que l’arrivée de la voiture autonome (ma voiture conduit déjà aujourd’hui toute seule sur l’autoroute) n’est plus qu’une question de temps (5, 10 , 15 ans peut-être ?), mais certainement avant cinquante ans. Or, il y a fort à parier qu’avec l’arrivée de voitures autonomes à la demande, beaucoup de personnes renonceront à la possession d’une voiture.

Alors ce parking souterrain, on le construit ou pas ?

Une question de rendement...

Si le rendement ne peut être assuré sur plus de 20 ans, il semble que c’est un risque économique évident qui pousse à construire des parkings hors-sol, peu chers et facilement reconvertibles. À Genève cependant, l’Etat pousse pour la construction de parkings en sous-sol lors de la planification d’immeubles pour améliorer la qualité des aménagements extérieurs. Si cette politique de qualité des aménagements communs est louable, on peut légitimement s’interroger sur le choix des propriétaires privés et institutionnels qui devront trouver des solutions de reconversion pour les parkings vides ou encaisser des pertes importantes.

 ...et de reconversion

Comment dès lors intégrer ces variantes de planification urbaine ? D’autant que les transports en communs posent le même problème. Les importants travaux d’infrastructures risquent d’être déficitaires à terme. Pour mémoire, Genève avait au début du siècle dernier un réseau de trams très développé (un des plus grands réseaux d’Europe), complètement démantelé avec l’arrivée de la voiture. Un réseau que l’on est en train de reconstruire à grands frais. Le démontera-t-on à nouveau à l'horizon 2050 à cause de la concurrence de la voiture autonome ?

Un big bang d'un trillion de dollars

Un étude récente de la firme de consulting 99mph va même plus loin que ces questions de rendement des parkings en prévoyant un big bang financier avec l’arrivée de la voiture autonome.

Si une grande partie du prix de l’immobilier est liée à sa situation pratique, cet état de fait risque bien de voler en éclat. S’il est pénible aujourd’hui de faire une heure de voiture pour aller travailler, imaginons cette heure passée à lire ou à trier du courrier électronique. La localisation ne serait alors plus un frein à l’investissement et les valeurs se réajusteraient. Cette étude américaine parle d’un trillon de dollars dans un rééquilibrage lié à la localisation des biens. Elle souligne également la vitesse probable de retournement du marché qui risque d’anticiper ce phénomène et faire bouger les prix avant même l’avènement total de la technologie.